03 mars 2013

Un piéton dans Saint-Denis

J’étais dans ma voiture. Je roulais. De passage derrière la mairie, sur la double voie en sens unique qui longe la rivière St Denis, je roulais assez vite.
Le soleil annonçait que, dans deux ou trois heures, il se couche. La lumière est donc belle sur les façades. Loin devant, le feu passe au rouge. Ma voiture et le paysage urbain autour ralentissent, et ça, c’est moi qui l’ai commandé. J’ai joué à ce moment des pieds, machinalement, sur les pédales. Donc assis au volant, les fenêtres ouvertes, je regarde tranquillement le monde qui ralentit et, limite, se fige.
Je ne suis pas arrivé au feu que je tourne la tête comme si je tournais, doucement, tranquillement, dans un clip californien. Le piéton sur la gauche est immobile puisque le temps s’arrête. Il est prêt à traverser.
Il est jeune. Il  domine de ces moins de vingt ans. Yo, Jeans, t-shirt, sac de cours, baskets. Il a les yeux d’un devin antique aveugle et voyant tout. Le soleil annonce encore. Il annonce la couleur ébène du gars prêt à traverser. Le soleil renvoie sur le bras gauche plié pour un bouclier imaginaire dans un plâtre bien blanc. Ses yeux fixent sur je ne sais quoi. Les traits définis par ses origines indiennes et africaines sont tirés. Bien que déterminé, Il ne bouge pas.
Je tourne la tête donc en jouant les californiens et j’y vois un fantôme de pierre jouant l’allégorie des peuples pieds au bord de la marche, immobile et dans un élan pour braver la route, puis la frontière.

Posté par Papi Yon à 20:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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