Le Blog Merveilleux de Yann

De mon île, on voit passer les alizés. Moi, sur le versant nord du volcan, je hume, j'attrape et je jette sur la toile ce qui passe. La table est prête. Je vous invite.

23 décembre 2008

Noir et amer

" Le récit... le récipient... tel une tasse dans laquelle fume le café, cet homme est noir dedans.

Légèrement, en lui, un liquide corsé. Cela tourne : l'homme est chaud bouillant.

Dans la douceur des tourments, cette chaleur cache un homme pas parfait mais charmant.

Attention !
S'il boue,
si-il-y-a-é-bul-li-tion,
il deviendra amer,
mare à boue,
marabou de mauvais goût et écœurant.
Alors des bords émaille et porcelaine, se dessinera, comme dans les films d'horreur, un sourire méchant et fou.

Mais il peut, aussi, noisette, trouver une crème, une femme de lait, pour apaiser sa haine dans une petite cascade de blanc.

Je suis témoin de cette tasse sur le fil du rasoir. Je suis femme qui regarde de haut cette histoire.

De mes danses dispersées, je me retourne souvent dans des mouvements amples, esquissés, pour vivre quelques secondes, amoureuse, blanche, finement drapée, l'envie d'y replonger dans mon homme noir de café. Mais, comme les pensées, je ne suis pas faite pour rester.

Cette histoire est triste mais éphémère. La voici finissant dans le fond d'un gosier content qu'elle soit forte et amer.

Posté par Papi Yon à 00:18 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,


03 novembre 2008

Le coucher de soleil du petit matin

tasse_cafe_caroline_web
Mafate - La Nouvelle - Un matin de rando

On m'a dit que cette photo était rigolotte. Je suis frustré ! Il n'y a rien de drôle là-dedans. Il est difficile de trouver des moyens de rendre cette vie plus belle qu'elle n'est actuellement. Alors on cherche et on trouve parfois une ou deux illusions, images que l'on convoite avec passion. Illustrations qui nous séduisent puis nous claquent entre les doigts d'un quotidien païen à la fois ange et démon.

Voir un coucher de soleil le matin est la même chose que de se retrouver face à sa mort peu après sa naissance. La cuillère, ici, est boule de cristal. La lumière est diseuse de bonne aventure et la journée devient magique. Mais tout est éphémère, surtout ce qui est beau.

Cette photo est rigolotte. Ah non. rien n'est drôle. Tant de choses sont hors de contrôle.

Posté par Papi Yon à 17:45 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

02 septembre 2007

Ses silences

Comme la marée qui monte, ses silences viennent et m'emportent. Quand la mer se retire, ses silences font marche arrière et me laissent sur le sable gris et mouillé. Ils me laissèrent un temps le goût amer de ce sentiment de ne pas avoir le droit d'exister.

Avant tout ça, ses silences étaient de jute ou de laine, rêches ou doux. Elle me les portait dans une toile remplie d'air iodé. Elle me prenait toujours au dépourvu, se faufilant dans la légion de mes moments que je perdais à installer dans l'espace de la plage des cerfs volants, des ballons, des rubans légers et colorés qui (et elle le savait) ne se laissaient approcher que pour disparaitre. Mes artifices la faisaient sourire.

Eclats de rire... et de la plage on voyait au loin un karnaval burlesque. Le vent cavalait pour voler le défilé de clowns, là-bas sur la jetée. Il soufflait en tourbillon ce que les clowns et leurs trompettes lui avaient laissé : des petites monnaies de vie, des confettis qui dansent balancent apparaissent et disparaissent dans le ciel pastel de notre plage : mirage. C'était alors à moi de rire puisqu'elle se mettait à imiter les artistes du défilé.

Ses silences sont mon présent, mon passé et avenir. Ils sont les témoins de sa force de femme et de son coeur d'enfant.

Ses silences me ramènent à sa douceur, à elle, à sa silhouette détachée du sable...
à la mer fine sur la plage,
à ses cheveux fins au vent,
et à tant d'autres choses... enfin...

Un jour, je me suis caché derrière tous mes ballons trop longtemps, faisant semblant sans cesse de tomber. Les ballons étaient devenus gris sur le sable : malheureux camouflage.

Restant seule sur le quai, elle a finit par prendre un bateau. Je suis parti, elle est partie. Je ne peux m'empêcher aujourd'hui de construire de temps à autre des radeaux de fortune pour m'approcher quelquefois de son vaisseau. Je la vois peu. Je la distingue à peine. Elle vogue sur la ligne d'horizon. Elle me sourit encore, voiles dans le dos. Noble, elle me souffle toujours des politesses. Et je retourne, je reste avec ses silences sous les nuages de la côte sur laquelle j'ai échoué.

tasse_cafe_caroline


Mafate - Novembre 2006
Qui as dit qu'on ne pouvait pas voir de coucher de soleil au petit déjeuné le matin ?

Posté par Papi Yon à 17:07 - 02 - PENSEES - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1